Où vont vraiment vos données ?

Le trajet d'une information tapée dans une IA, du clavier jusqu'au bout de la chaîne. Pour chaque étape : ce qui est prouvé, ce que la loi permet, et ce dont personne n'a la preuve.

Faits vérifiés le 14 octobre 2026
✅ Documenté ⚠️ Possible — la loi le permet ❓ Aucune preuve publique

En un coup d'œilLe trajet de vos données

Exemple : un salarié colle dans une IA le tableau des assemblages de l'année et demande « aide-moi à présenter ça à la direction ». Voici où ce tableau passe, et où il peut finir.

Le trajet de ce que vous tapez dans une IA 1. Vous tapez ou collez un texte sur votre poste. 2. Il traverse internet chiffré. 3. Le fournisseur le déchiffre, le lit en clair, calcule la réponse et vous la renvoie. Il conserve la conversation, et c'est lui qui a les clés. Depuis cet historique, deux sorties possibles : 4. l'entraînement des prochains modèles, selon l'offre ; 5. un accès par la justice ou un État, sur demande légale. 6. Si vous cliquez sur Partager, la conversation devient une page publique. VOTRE ENTREPRISE INTERNET CHEZ LE FOURNISSEUR D'IA la réponse revient si vous cliquez « Partager » 💻 Vous tapez ou collez un texte, un fichier compte perso = shadow IA 🔒 Chiffré pendant le trajet pas le vrai risque 🏢 Il lit votre texte en clair déchiffré à l'arrivée, il calcule la réponse des filtres repèrent les abus ; une personne relit parfois 🗄️ Il garde la conversation stockée chiffrée… mais 🔑 c'est lui qui a les clés 📚 Entraînement des prochains modèles offres grand public : oui, sauf si on refuse ⚖️ Justice, États sur demande légale : procès, CLOUD Act, loi chinoise de 2017 🌐 Page publique lisible par tous, parfois trouvée sur Google 1 2 3 4 5 6 à chaque fois possible, selon l'offre ou votre geste Ce qui compte : ce qui reste stocké chez le fournisseur, et qui peut y accéder.
Les numéros renvoient aux étapes détaillées plus bas. Votre texte arrive toujours en clair chez le fournisseur, qui le garde ; les flèches en pointillés sont des sorties possibles, selon l'offre, la situation ou un geste de votre part.

Vrai ou faux ?Les idées reçues

Cliquez pour voir la réponse. Les questions d'abonnement, d'hébergement européen, d'anonymisation et d'IA locale sont travaillées en situation dans le quiz « Limiter les risques : les vraies situations ».

« C'est chiffré, donc personne ne peut y accéder. »
Faux. Le chiffrement protège contre un intrus, pas contre le fournisseur : c'est lui qui détient les clés, donc lui qui peut lire — et remettre les données si la loi l'y oblige.
« Mes fichiers sur le Drive sont plus à l'abri que mes conversations avec l'IA. »
Pas vraiment. Même fournisseur, mêmes serveurs, mêmes lois. La différence est ailleurs : dans l'IA, on ajoute le contexte (« voici notre stratégie pour ce client, aide-moi à… »), on y met plus de choses, et elles peuvent être relues ou servir à l'entraînement.
« Une conversation que je partage par lien reste privée. »
Faux. Un lien peut se retrouver sur Google : des milliers de conversations ChatGPT et des centaines de milliers de conversations Grok l'ont été en 2025.
« Quand j'efface une conversation, elle disparaît. »
Pas tout de suite, et pas toujours. Il y a un délai de suppression, des exceptions pour les conversations signalées ou relues (jusqu'à trois ans chez Gemini), et un procès peut tout figer (OpenAI, 2025).
« Personne ne lit mes conversations. »
Faux. Des relecteurs humains peuvent en lire une partie, pour la sécurité et la qualité. Google le dit explicitement pour Gemini.
« DeepSeek, c'est une IA comme les autres. »
Faux pour l'application et le site : données stockées en Chine, loi chinoise sur le renseignement, application bloquée en Italie. Nuance : le modèle installé sur ses propres serveurs n'envoie rien en Chine.
« Les fournisseurs américains fouillent nos conversations pour repérer les brevets intéressants. »
On n'en sait rien — et aucune preuve publique ne l'établit. Ce qui est documenté : des filtres de sécurité automatiques, des accès légaux possibles pour les États, et un espionnage économique réel par d'autres canaux. La conclusion pratique est la même : une information à valeur marchande ne va dans aucune IA en ligne.
📖 La suite de la page détaille chaque étape, avec ses sources : à relire après la formation, à votre rythme.

Pour comprendreL'IA, c'est du cloud

Taper dans ChatGPT, Gemini, Claude ou Copilot, c'est envoyer un texte sur les serveurs d'une entreprise — exactement comme déposer un fichier dans Gmail, Google Drive, OneDrive ou Dropbox. Mêmes entreprises, mêmes serveurs, mêmes lois. Ce qui change tient en trois cases orange.

Cloud « classique » (messagerie, stockage)Assistant IA en ligne
Qui garde les donnéesLe fournisseur, sur ses serveursLe fournisseur, sur ses serveurs
Lois étrangèresFournisseur américain = lois américaines, même si les serveurs sont en EuropePareil — et fournisseur chinois = lois chinoises
Ce qu'on y metDes fichiers qu'on a décidé de rangerTout ce qui passe par la tête, vite : on colle un contrat, un tableau, on raconte un problème de personne
Relecture humaineRare, en cas d'abus signaléPrévue : des personnes peuvent relire des conversations pour la sécurité ou la qualité
RéutilisationVos fichiers restent vos fichiersSelon l'offre et les réglages, vos conversations peuvent servir à entraîner les prochains modèles
Que le contenu passe par une IA ou dorme dans un cloud, il est stocké au même endroit, avec son contexte : l'exposition est la même. L'IA n'ajoute pas un problème de « lois étrangères » ; elle ajoute du volume (on y met beaucoup plus de choses, et plus parlantes) et de la réutilisation (relecture, entraînement).
✅ Rien de nouveau L'interception des communications à grande échelle est antérieure à l'IA et au cloud. En 2001, une commission du Parlement européen a confirmé l'existence d'Échelon, un système mondial d'interception des communications privées et commerciales exploité par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle citait des soupçons d'espionnage économique — dont un contrat d'Airbus avec l'Arabie saoudite en 1994 — sans avoir pu en apporter la preuve formelle. Les documents publiés en 2013 (Snowden) puis en 2015 ont montré que ces pratiques avaient continué avec les outils de leur époque.

Le parcoursLe trajet d'un prompt, en six étapes

Reprenons l'exemple du tableau des assemblages, étape par étape (les numéros sont ceux du schéma).

1

💻 Sur votre poste

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Le risque commence ici : un compte personnel plutôt que celui de l'entreprise (c'est le « shadow IA »), une extension de navigateur qui lit les pages, un copier-coller trop large. En 2023, des ingénieurs de Samsung ont collé du code interne dans ChatGPT ; l'entreprise a interdit ces outils, parce que les données envoyées sont « difficiles à récupérer et à supprimer ».
Le geste : le compte de l'entreprise, jamais le compte perso pour le travail ; aucune extension d'IA non validée ; ne coller que la partie utile.
2

🔒 Le transit sur internet

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La connexion est chiffrée (le cadenas du navigateur). Intercepter le texte pendant le trajet n'est pas le risque réaliste : le texte arrive en clair chez le fournisseur, et c'est là que tout se joue.
3

🏢 Chez le fournisseur

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Les conversations sont stockées, chiffrées — mais c'est le fournisseur qui a les clés. Toutes passent par des filtres automatiques (contenus illégaux, fraude, armes) ; celles qui sont signalées peuvent être lues par des personnes et gardées plus longtemps.
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Google l'écrit noir sur blanc pour Gemini : des relecteurs humains lisent une partie des conversations, qui sont alors conservées jusqu'à trois ans, même si vous effacez votre historique ; et Google demande de ne pas saisir d'informations confidentielles.
Le geste : écrire comme si quelqu'un pouvait relire. Parce que c'est le cas.
4

🧠 L'entraînement des prochains modèles

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Dans les offres grand public — gratuites et payantes (Plus, Pro, Max…) — les conversations peuvent servir à l'entraînement, sauf si on le refuse dans les réglages. Exemple : depuis septembre 2025, Anthropic (Claude) entraîne sur les conversations grand public sauf refus, et les conserve alors cinq ans au lieu de trente jours.
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Dans les offres entreprise (Team, Enterprise, Workspace, API…), l'entraînement n'est pas activé par défaut et c'est écrit dans le contrat.
⚠️
Un modèle peut parfois « recracher » un morceau de ce qu'il a appris : la CNIL cite ce risque de mémorisation pour le secret des affaires.
Le geste : vérifier le réglage « améliorer le modèle » ; pour le travail, une offre entreprise. Payer un abonnement personnel ne suffit pas.
5

⚖️ La justice et les États

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Un procès peut tout figer. Dans le procès du New York Times contre OpenAI, un juge a obligé OpenAI, de mai à septembre 2025, à conserver toutes les conversations, même effacées, des comptes gratuits, Plus, Pro et Team (pas Enterprise). Puis à remettre 20 millions de conversations anonymisées aux avocats du journal.
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États-Unis. Le CLOUD Act (2018) permet aux autorités américaines d'exiger les données détenues par une entreprise américaine, même stockées en Europe. Le 10 juin 2025, sous serment devant le Sénat, le directeur juridique de Microsoft France a reconnu ne pas pouvoir garantir que des données ne seraient jamais transmises sans l'accord de la France — en précisant que ce n'était encore jamais arrivé. S'y ajoute un programme de surveillance des communications des étrangers (FISA 702), toujours applicable en 2026.
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Chine. DeepSeek stocke en Chine les conversations et fichiers envoyés (c'est dans sa propre politique de confidentialité), et la loi chinoise sur le renseignement de 2017 oblige « toute organisation » à coopérer avec les services. L'Italie a bloqué l'application en janvier 2025 ; l'autorité de Berlin a demandé son retrait des magasins d'applications en 2025. Nuance : le modèle DeepSeek téléchargé et installé sur ses propres machines n'envoie rien en Chine — c'est l'application et le site qui posent problème.
✅
L'espionnage économique existe, et depuis bien avant l'IA : Échelon (confirmé par le Parlement européen en 2001), puis en 2015 des documents publiés par WikiLeaks, Libération et Mediapart montrant que la NSA ciblait les négociations et contrats d'entreprises françaises de plus de 200 millions de dollars. L'IA et le cloud ne créent pas ce risque : ils rassemblent au même endroit le document et tout son contexte.
❓
Aucune preuve publique qu'un fournisseur d'IA repère automatiquement les secrets commerciaux ou les brevets dans les conversations pour les exploiter ou les transmettre. Ce qui est établi : des filtres de sécurité automatiques, des accès légaux possibles, et des services de renseignement qui s'intéressent aux entreprises.
✅
À ne pas confondre : en juillet 2025, le Pentagone a passé des contrats (jusqu'à 200 millions de dollars chacun) avec Anthropic, Google, OpenAI et xAI pour utiliser leurs modèles. C'est vendre un outil à l'armée — pas lui donner vos conversations.
Le geste : on n'a pas besoin de prouver une interception pour appliquer la règle. Une information qui a une valeur marchande ne sort pas de l'entreprise, ni vers une IA américaine, ni vers une IA chinoise.
6

📤 Le retour… et le bouton « Partager »

✅
Un lien de partage peut rendre une conversation publique et trouvable sur Google : environ 4 500 conversations ChatGPT partagées ont été indexées en 2025, et plus de 300 000 conversations Grok (estimation de Google relayée par Forbes, août 2025), dont des questions médicales et au moins un mot de passe.
Le geste : ne jamais partager une conversation par lien ; copier seulement la réponse utile.

Remettre en perspectiveDu plus fréquent au plus rare

Les fuites racontées dans la presse viennent surtout des deux premières marches. Les deux dernières sont plus rares, mais plus graves pour une information à forte valeur.

  1. L'erreur humaine — compte perso, lien partagé, document collé en entier, mauvais destinataire.
  2. La réutilisation prévue par le contrat — relecture humaine, entraînement, conservation longue.
  3. La demande légale — un procès qui fige les conversations, une réquisition d'un État.
  4. L'espionnage ciblé — un service de renseignement qui s'intéresse à vos contrats ou à vos procédés.

DémêlerQui protège quoi ?

On mélange souvent trois textes qui ne protègent pas la même chose.

Le texteIl protège…Il ne protège pas…
RGPDLes personnes : nom, adresse, voix, photo, santé, tout ce qui identifie un salarié, un client, un candidat.Vos recettes, vos prix, vos procédés : ce ne sont pas des données personnelles.
AI ActLes personnes face aux usages de l'IA : usages interdits, usages à haut risque (recrutement…), obligation de dire qu'on parle à une IA.Il ne dit pas où vont vos données ni qui peut les lire.
Secret des affaires
Code de commerce, art. L151-1 (2018)
L'entreprise : une information peu connue, qui a une valeur commerciale et que l'entreprise protège par des « mesures raisonnables ».Une information qu'on laisse circuler sans règle. Coller ses secrets dans un outil grand public, sans consigne interne, peut affaiblir la protection en cas de litige.
Droit d'auteurLes créations humaines originales (textes, photos, logos).Ce que l'IA produit seule : sa protection est incertaine sans apport créatif humain.
Pour une recette d'assemblage ou une liste de prix, ce n'est pas le RGPD qui joue : c'est le secret des affaires. Et il ne protège que ce que l'entreprise protège elle-même — d'où l'intérêt d'une règle écrite.

Au quotidienLa règle de la maison

Quel que soit l'outil — et y compris quand on utilise son téléphone personnel.

✅ OK

  • Textes publics (site, fiches déjà diffusées)
  • Brouillons sans information sensible
  • Données anonymisées pour de vrai
  • Questions générales, formules Excel

⚠️ Avec précaution

  • Documents internes non stratégiques
  • Uniquement avec le compte de l'entreprise
  • Entraînement désactivé, extraits seulement
  • Jamais par lien de partage

⛔ À ne pas faire

  • Données personnelles non anonymisées (salariés, clients, candidats)
  • Secrets de fabrication, assemblages, procédés
  • Prix, marges, contrats, stratégie, brevets
  • Dans aucune IA en ligne — seulement une IA installée en local

Pour vérifierSources

À revérifier avant chaque session : conditions d'entraînement et de conservation des fournisseurs, statut de FISA 702 et du cadre UE–États-Unis (recours pendant devant la Cour de justice de l'UE), suites données à DeepSeek en Europe.