Analyse d'images et de vidéos Étude de cas

Faire analyser un geste par l'IA.

Quatre vidéos prises au smartphone, des documents de référence, un prompt en étapes : l'IA rend un diagnostic écrit, hiérarchisé, avec un plan d'action. D'abord sur un service au tennis, puis à un poste de travail, pour prévenir le mal de dos.

Angle 1
Angle 2
Angle 3
Angle 4
A · Le service au tennis

Quatre temps, et des documents de référence.

L'IA lit les vidéos image par image et confronte le geste à des documents qu'on lui fournit : le RAG, appliqué à l'image. Sans eux, elle répond avec des généralités de blog.

Documents utilisés : thèse de doctorat de Caroline Martin (2013) sur la biomécanique du service ; support de formation DEJEPS Tennis « Biomécanique du service » ; check-list en 9 phases « The Ultimate Tennis Serve Blueprint ».

Filmer4 angles (face, dos, profils). Ce qui compte, c'est la cadence : le ralenti du téléphone suffit.
Nourrir le RAGDéposer les documents de référence.
PrompterObserver, puis comparer, puis conclure. Jamais tout d'un coup.
ExploiterDiagnostic, plan de progression, et les questions que l'IA renvoie.
Les trois consignes qui font la différence : séparer l'observation du jugement, exiger les limites avant les conclusions, et demander ce qu'il ne faut pas toucher. Sinon l'IA démolit tout le geste.
A · Ce que l'IA renvoie

Le problème n'est pas dans le bras.

« La rampe de lancement ne s'allume pas. »

Genoux à peine fléchis, donc pas d'énergie stockée, pas de poussée, pas de décollage. Le bras et l'épaule font tout le travail : la thèse décrit ce schéma comme cause de surcharge de l'épaule si le volume augmente.

Le test à 30 jours : se refilmer de profil. Les deux pieds quittent-ils le sol ?
CritèreObservéRéférenceÉcart
AppuisLargeur correcte, pied arrière derrièreBase stable✅ conforme
Lancer de balleBras tendu, lâcher haut, balle à 12 hBras tendu, lâcher aux yeux✅ bon
Flexion des genouxTrès légère, ~150-160°100 ± 10°🔴 majeur
Vissage épaules / hanchesPoitrine presque parallèle à la ligneSéparation 20-30°🟠 insuffisant
Poussée / décollagePieds au sol à l'impactDécollage 20-30 cm🔴 majeur
ImpactBras tendu, contact haut1,5 × la taille✅ point fort
A · Les limites, annoncées par l'IA elle-même

Elle ne remplace pas l'œil de l'expert : elle lui dit où regarder.

📐 Des estimations, pas des mesuresImages fixes : les angles sont estimés à l'œil, à ± 10-15°, pas mesurés en 3D.
🔁 Un seul service par angleLa régularité du geste n'est pas évaluable.
🤔 Les sensations ne se voient pasD'où les questions qu'elle renvoie : « ressens-tu une gêne à l'épaule après une série ? »
Le message : l'IA prépare l'observation de l'expert, la documente, et lui montre où regarder.
B · En entreprise

La même méthode, au poste de travail.

Les troubles musculo-squelettiques (dos, épaules, poignets) sont la première cause de maladie professionnelle en France. Un geste de manutention se filme et s'analyse comme un service : ce qui change, c'est le référentiel, et le cadre.

🎾 Tennis

  • Référentiel : thèse, support DEJEPS
  • Objectif : performance
  • Écart majeur : jambes passives
  • Risque : surcharge de l'épaule

📦 Entrepôt

  • Référentiel : documents INRS, norme de manutention
  • Objectif : prévention
  • Écart typique : dos plié, rotation du tronc en charge
  • Risque : lombalgie, TMS
Pour vous : deux à quatre angles au smartphone, un volontaire filmé de dos ou le visage flouté. On filme un poste, pas une personne à évaluer.
B · Ce qu'on peut attendre

D'abord le poste, ensuite le geste.

En prévention, on corrige d'abord ce qui oblige à mal faire (une étagère trop basse, un carton trop loin) avant de demander à la personne de « bien se tenir ». Le dire dans le prompt évite que l'IA ne renvoie la faute à l'opérateur.

Un tableau des postures à risquePhase par phase, avec les repères INRS correspondants.
Des pistes d'aménagement concrètesÀ discuter avec l'équipe et le référent sécurité.
Une base de discussion pour le document uniquePas un diagnostic médical, ni une évaluation de la personne.
B · Le faire soi-même, avec un smartphone

Un poste de préparation de commandes, en 15 minutes.

Des cartons d'environ 12 kg pris sur une palette au sol, déposés sur un convoyeur à hauteur de taille, avec un quart de tour, une centaine de fois par heure. Le chef d'équipe veut savoir où le dos travaille le plus avant d'en parler avec le référent sécurité.

Préparer · 5 minUn volontaire informé de l'usage de la vidéo. Cadrage de dos ou de profil, visage hors champ, personne d'autre, aucune étiquette client lisible.
Filmer · 5 minTéléphone calé à hauteur de hanche, à 3 ou 4 m. Profil (dos, genoux) et dos (rotation du tronc). Le corps entier et la charge, 3 cycles par angle.
Mesurer · 5 minCe que l'image ne dit pas : poids réel, hauteur de prise et de dépose, cartons à l'heure, pauses. Ça ira dans le prompt.
B · Le faire soi-même, avec un smartphone

Des captures, puis une lecture en deux temps.

Claude analyse des images et des documents : on lui donne les moments clés du geste. Les choisir soi-même oblige en plus à regarder le geste phase par phase. Gemini accepte aussi la vidéo directement : vérifiez le jour même ce que chaque application accepte, et passez par l'outil validé par l'entreprise.

Extraire les images clésUne capture à chaque phase : saisie, levage, quart de tour, dépose. 4 à 6 par angle. Visage visible masqué.
Envoyer à ClaudeBouton + : les captures dans l'ordre, puis le PDF INRS. Coller le prompt, compléter les crochets, au besoin au micro.
Lire en deux tempsClaude décrit chaque image et attend. Corrigez-le (« image 3 : le genou est plié »), puis « continue ».
ExploiterPartager avec le référent sécurité. Après aménagement, refilmer sous les mêmes angles et comparer.
À attendre sur cet exemple : la saisie au ras du sol (le dos se plie au lieu des genoux), le quart de tour en charge ; puis surélever la palette, rapprocher le convoyeur, et seulement ensuite le geste.
Le cadre légal

Analyser un poste, pas surveiller une personne.

AI Act : surveiller ou évaluer le comportement et la performance des salariés est un usage à haut risque (annexe III). La reconnaissance des émotions au travail est interdite (art. 5). D'où le cadrage : un poste, une démarche de prévention, aucune évaluation individuelle.

Les analyses d'IA sont des aides à l'observation, pas des mesures ni des diagnostics médicaux.

Filmer un salarié = données personnellesInformation préalable, finalité limitée à la prévention, conservation courte.
VolontariatEt jamais d'usage disciplinaire des images.
Visage flouté ou cadrage de dosNe pas associer la vidéo à un problème de santé de la personne (donnée de santé).
Le CSE informé et consultéAvant tout moyen de contrôle de l'activité des salariés.
L'outil validé par l'entreprisePour déposer une vidéo dans un outil d'IA.

Le prompt : le service au tennis

Tu es préparateur physique, spécialiste de la biomécanique du tennis. Je te donne 4 vidéos d'un service (4 angles) et 3 documents de référence. Utilise exclusivement ces documents comme référentiel technique. ÉTAPE 1 — Décris ce que tu vois, image par image, phase par phase (préparation, armé, accélération, frappe, décélération). Ne conclus rien encore. ÉTAPE 2 — Extrais des documents les valeurs de référence de chaque phase : angles, amplitudes, repères visuels. ÉTAPE 3 — Diagnostic. Un tableau critère / geste observé / référence / écart. Hiérarchise les écarts. Dis-moi ce qui est déjà bon et qu'il ne faut surtout pas casser. Signale les risques de blessure. ÉTAPE 4 — Plan sur mesure : 3 niveaux de progression, exercices tirés des documents, feuille de route 30 jours, et 2 critères de réussite visibles à l'œil nu pour le test final. Annonce d'abord honnêtement les limites de ton analyse. Termine par les questions auxquelles la vidéo ne peut pas répondre.

Le prompt : un geste de manutention

Tu es ergonome, spécialiste de la prévention des troubles musculo-squelettiques. Je te donne [N] vidéos d'un geste de manutention à un poste [description du poste], et des documents de référence (INRS, fiche de poste). Utilise exclusivement ces documents comme référentiel. Tu analyses un poste de travail, pas une personne : ne porte aucun jugement sur la performance ni sur l'opérateur. ÉTAPE 1 — Décris le geste phase par phase (saisie, levage, transport, rotation, dépose). Ne conclus rien encore. ÉTAPE 2 — Extrais des documents les repères de référence : posture du dos, distance de la charge au corps, rotation du tronc, hauteur de prise et de dépose, fréquence. ÉTAPE 3 — Diagnostic. Un tableau phase / geste observé / repère / écart, hiérarchisé par risque pour le dos. Dis-moi ce qui est déjà bien fait. ÉTAPE 4 — Pistes d'amélioration, en commençant par l'aménagement du poste (hauteur, distance, aide à la manutention, organisation) avant le geste lui-même. Annonce d'abord les limites de ton analyse. Termine par les questions que la vidéo ne permet pas de trancher (poids réel, fréquence sur la journée, ressenti).

Le référentiel à fournir à l'IA

Le prompt smartphone

Tu es ergonome, spécialiste de la prévention des troubles musculo-squelettiques. Poste analysé : [préparation de commandes — cartons de 12 kg pris sur une palette au sol, déposés sur un convoyeur à 90 cm, avec un quart de tour, environ 100 cartons par heure, pause de 10 min toutes les 2 h]. Je te joins [8] captures d'une vidéo, dans l'ordre du geste : images 1 à 4 de profil, images 5 à 8 de dos. Je te joins aussi un document INRS sur la manutention manuelle : utilise-le comme référentiel. Tu analyses un poste de travail, pas une personne : aucun jugement sur l'opérateur. ÉTAPE 1 — Pour chaque image : son numéro, la phase (saisie, levage, rotation, dépose), la posture du dos et des genoux, la distance de la charge au corps. Ne conclus rien et attends ma validation. ÉTAPE 2 — Un tableau phase / ce qu'on observe / repère du document / écart, classé du plus risqué au moins risqué pour le dos. Ce qui est déjà bien fait. ÉTAPE 3 — Les pistes d'amélioration : d'abord l'aménagement du poste (hauteurs, distances, aide à la manutention, organisation), ensuite le geste. Annonce d'abord les limites de ton analyse (images fixes, angles estimés à l'œil). Termine par les questions que les images ne permettent pas de trancher.